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Une petite famille dans un grand camping car

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Coup de chaud par -10°C

L’Expertise

Et la majuscule n’est pas une erreur typographique.

Je ne sais pas pour vous, mais le passage tous les 3 ans (ou plus ? ou moins ? j’ai perdu le fil ces dernières années) à ce que certains cantons appellent le « contrôle technique » reste pour moi un moment de stress, et ceci même si j’ai fait préparer mon véhicule par mon garagiste dont je ne doute pas une seconde du professionnalisme (ça c’est au cas où il lirait ces lignes …).

Bref, il se trouve que, dans ma todo list de préparation au départ, j’avais inscrit « Expertise volontaire »,  le délai obligatoire et fatidique tombant pendant notre absence.

Expertise volontaire ! C’est bien un truc auquel je n’aurais jamais cru avoir à me soumettre !

Me voici donc au volant d’Hedwige dans la file d’attente du SAN, ladite Hedwige dûment préparée par le spécialiste idoine. Mais que donc va-t-il mal se passer, me dis-je ? A quelques jours du départ, je ne peux m’empêcher de pensez que, en cas de « constat de défectuosité », c’est réparation – délai – revisite – délai … et report du départ possible. Je passe en revue tout ce qui peut attirer l’œil de l’Aigle : poids total du véhicule un poil haut ? cette lame de suspension arrière qui est un peu de travers ? le frein à main qui parfois glisse un peu ?

C’est mon tour, je place Hedwige sur la fosse et met pied à terre.

  • Bonjour !
  • Veuillez remonter à bord, Monsieur.

Ça c’est de l’accueil …

L’expertise précédente a été faite dans un canton voisin, ce qui, lu dans le regard de l’Aigle, n’est pas un élément réconfortant.

On commence donc par les contrôles de base : carte grise, n° de matricule, jantes et pneus, STOP !

  • C’est pas le bon véhicule, Monsieur.
  • Tiens donc, on m’aurait menti ? (Tels ne furent pas mes propos, évidemment, je fantasme là …)
  • Regardez : sur le carte grise, il est noté 3,5 tonnes, et sur la plaquette 3,8 tonnes, c’est un poids lourd ou pas, votre camping car ?

Heureusement, le collègue qui ouvre le capot trouve une autre plaquette qui indique 3,5 tonnes. L’ancienne plaquette (Hedwige a eu une vie antérieure en Allemagne, ou 3,8 tonnes relèvent semble-t-il du véhicule léger) est restée et a échappé à mon attention et, oh victoire, à celle de l’anté-expert du canton voisin qui est instantanément taxé d’incompétence crasse (comme quoi, on a la xénophobie qu’on peut).

J’arrache d’un coup d’ongle la plaquette fautive : un jeu partout, service au SAN.

  • Les phares sont un peu haut, il faudra régler ça.

J’ai une compensation électronique au tableau de bord, que j’abaisse discrètement.

  • C’est bizarre, je sore du garage, vous pouvez vérifier ?
  • Ah non, tien, c’est bon.

Deux jeux partout, service au SAN, je transpire à grosses gouttes malgré la température sibérienne.

  • Vos écrous de sécurité, sur les jantes, ils sont homologués ?

Tiens, v’là autre chose, il y a une homologation pour les écrous de sécurité ? On en apprend tous les jours ! Malgré l’ambiance, je me prends à sourire et déclare sur un ton péremptoire :

  • Ils m’ont été vendu comme tels par Duschmoll pneus (nom d’emprunt, connu de la rédaction).

Ça suffit à mon interlocuteur, qui ne doit pas savoir si effectivement, il y a une homologation pour les écrous de roues.

Les deux Aigles descendent dans la fosse, me voilà aveugle et sourd depuis ma cabine d’où je n’ai pas bougé depuis l’injonction.

Je sens la direction allez de gauche à droite, les amortisseurs être soumis aux affres d’un vibromasseur pour tyrannosaure, l’essieu avant se soulever et STOP !

  • Dites Monsieur, votre réservoir, là, c’est quoi ?
  • Un réservoir de GPL domestique, pour remplacer les bouteilles de gaz.
  • C’est pour le traction ?
  • Non, domestique, chauffage, cuisine, frigo …
  • C’est pas possible, ça, il me faut une homologation.
  • Oui, je l’ai, je peux descendre ?

Et moi de lui tendre l’homologation E67R du réservoir fabriqué en Pologne et acheté en Allemagne.

  • Non, Monsieur, moi il me faut une homologation de l’EGI à Wallisellen, votre document n’est pas valable.

Et dire que je croyais transpirer …

  • C’est ce qu’on m’a fournit avec mon réservoir quand je l’ai acheté en Allemagne, avec un extrait de loi qui montrait que le norme E67R est reconnue en Suisse depuis les accords bilatéraux de 2008, on m’aurait menti ?
  • Je vais voir mon chef.

L’Aigle revient et confirme : certification de l’EGI ou pas de carte grise.

  • Vous avez 15 jours pour présenter le document. Au revoir.

Je sors de cette épreuve au bord du collapsus. Jeu au SAN, service Diego.

Un citoyen lambda, pressé, face à l’Administration Omnipotente, qui elle ne l’est pas. Même sûr de mon droit, c’est pas gagné.

Le soir même je prends donc en mains mon destin : j’étaye ma position dans un courriel assez cinglant que j’envoie aux services concernés, en substance :

L’aide mémoire de l’OFROU à destination des inspecteurs cantonaux stipule :

Sont réputés homologués en Suisse et peuvent être utilisés sans faire l’objet d’un essai supplémentaire les réservoirs à gaz naturel et à gaz de pétrole liquéfié intégrés ou montés dans des véhicules, y compris les soupapes, dispositifs de sécurité et supports destinés à leur fonctionnement, qui sont expertisés et homologués conformément aux exigences du règlement ECE n° 67 ou du règlement n° 110 et qui sont munis de la marque d’homologation appropriée (E .. 67 ……, ou E .. 110 ……).

La certification E67R est définie dans la directive 2010_35_UE approuvée lors des accords bilatéraux de mai 2008 qui stipule dans son article 16 :

Sans préjudice des procédures de sauvegarde prévues aux articles 30 et 31 de la présente directive et du cadre de surveillance du marché établi par le règlement (CE) no 765/2008 (1), les États membres n’interdisent, ne restreignent ni n’entravent la libre circulation, la mise à disposition sur le marché ou l’utilisation sur leur territoire des équipements sous pression transportables conformes à la présente directive.

Je vous saurais gré de m’expliquer laquelle de ces dispositions ne s’applique pas dans mon cas et le cas échéant pourquoi.

En vous remerciant pour votre diligence …

Je reçois le lendemain la confirmation que mon cas est examiné et cinq jours plus tard l’invitation à retirer ma nouvelle carte grise.

Jeu set et match.

Et comme me l’a dit Katja à ce moment : te voilà prêt pour le coup de stress suivant !

Les dessous de l’affaire

Avec un camping car, soit on sait tout faire, soit on dépense beaucoup d’argent.

J’étais donc confronté à un dilemme conséquent : je ne sais pas tout faire, Hedwige a besoin de pas mal de modifications pour nous loger six mois et notre argent sera mieux investi dans notre voyage que chez un installateur en camping car.

Dont acte, je me suis constitué une bonne caisse à outil et me suis mis au boulot. Quelques mois plus tard, c’est sans cacher un poil d’orgueil que je me permets des posts d’ « expert » sur les forums de camping-caristes ! Comme quoi, la clé à molette, ça mène à tout.

Tout ceci pour en venir dans ce billet, à une présentation de la dernière « bricole » en date : l’installation d’un réservoir GPL fixe de 20 litres afin d’en finir avec les adaptateurs entre bouteilles de propane locales et installation fixe d’Hedwige.

Le problème : Il n’existe pas de standard dans la connectique des bouteilles de gaz qu’on trouve dans les différents pays que nous allons parcourir, et les dites bouteilles sont rarement, voir jamais, échangeables en dehors d’un réseau spécifique et national de distribution.

La solution : Dans toute l’Europe (sauf en Suisse), on trouve en station service du GPL (LPG en anglais), nom commercial d’un mélange butane – propane tout à fait adapté à l’usage « domestique » d’une cuisinière, d’un chauffe-eau, d’une réfrigérateur ou d’un chauffage. J’ai donc décidé d’équiper Hedwige d’un réservoir fixe que nous pourrons remplir « à la pompe ».

Une petite soirée sur le net, quelques lectures de documents techniques et le cours actuel de l’Euro m’ont conduits vers Wynen Gas où j’ai trouvé conseil et compétence.

Le réservoir

Voici donc un réservoir de 40 litres, les brides, vanne, détendeur et filtre qui vont bien, livrés à domicile. Y a plus qu’à (comme disait un de mes anciens chefs que j’appréciais tout particulièrement … mais j’y pense, tu en as eu un comma ça aussi, j’en suis sûr !)

Réservoir qu’il s’agit de placer sous les jupes d’Hedwige (d’où le titre du billet ! ha ha ! pas mal hein ?), dans un étroit logement coincé entre un pot d’échappement et une barre de renfort.

Le logement

La bête pèse quelques 15 kilos, l’emplacement n’a que quelques centimètres de marge, je n’ai que deux bras, la position de travail est particulièrement inconfortable et ma dernière séance de musculation date de plus de 20 ans … il m’en a donc coûté quelques trois heures, un démontage / remontage de pot d’échappement, deux sangles et un large coupure dans la paume de ma main pour passer de la position ci-dessus à celle ci-dessous.

Le réservoir posé

Mais quel plaisir ! (naaan, je plaisante, c’est carrément jouissif !)

Cette première étape terminée, il me restait l’installation de la prise de gonflage, la pose et le raccordement de la jauge de niveau et le raccordement au circuit de gaz du camping-car.

Le prise de gonflage extérieure fixe semble être une condition au remplissage en station service. J’ai lu ici et là que le remplissage direct à la bouteille pouvait être interdit selon les pays, ou alors que le GPL n’y était vendu que pour moteur de traction et interdit pour l’utilisation domestique. On contourne semble-t-il assez simplement ces contraintes en « faisant croire » au pompiste qu’on fait le plein du véhicule, et non pas d’une bouteille. Je me réjouis de rencontrer un pompiste assez con pour croire qu’un camping car roule au GPL, d’autant plus que je ferai probablement aussi le plein de diesel à la même pompe !

La prise de gonflage

Je me voyais mal « soupeser » ce réservoir fixe pour en évaluer le remplissage, j’ai donc posé une jauge de niveau du plus bel effet. Comme ça, non seulement nous sommes à l’abri de la panne sèche, mais le pompiste dont j’ai parlé plus haut sera leurré deux fois.

Le jauge de niveau

Le dernier point, raccorder tout ça au circuit de gaz d’Hedwige, risque de poser un problème de sécurité vital pour ma petite famille et moi. Comme je connais mes limites (enfin, je fais semblant de le croire), j’ai confié cette tâche délicate à un spécialiste, qui m’a fait un boulot de spécialiste.

Le boulot de spéclaiste

J’aurais peut-être dû le faire moi même en fait !

Voilà donc Hedwige équipée d’un réservoir GPL fixe, installation parfaitement sécurisée par un arrêt automatique en cas d’accident, par un un détecteur de fuite, par une position sous le chassis à l’abri du vol et du vandalisme, par une fixation « Swiss made » conçue par ton serviteur, mais rendue néanmoins à priori parfaitement illégale en Suisse par un législateur qui s’y connait autant en Camping-car que moi en droit des sociétés …

M’enfin, qu’à cela ne tienne !

La déco

Un camping car, c’est comme une goutte d’eau : ça ressemble à une autre goutte d’eau.

Alors je suis allé voir mon pote Claude, dont le métier est de faire que les gouttes d’eau ne ressemble plus à des gouttes d’eau, et je lui ai dit :

– Claude, j’ai un camping car qui s’appelle Hedwige, il est blanc, il est normal, il est sans suprise, tu peux faire quelque chose ?

Hedwige toute nue

Et Claude a cogité, dessiné, proposé, imprimé et collé.

Le côté d'Hedwige

Le capot d'Hedwige

C’est marrant, c’est simple, c’est discret : tout nous quoi 😉

Le baptême

Est-ce que vous partiriez en voyage avec un inconnu ? Non bien sûr !

Et bien il en est de même pour nous : Dès les premiers tours de roue, il semblait évident aux enfants que notre camping car devait porter un nom bien à lui. Pas Camping car (même avec une majuscule) ou lebus (en un mot) ou je ne sais quelle marque à étoile … non, un nom, un vrai !

C’est donc pendant notre premier trajet vers Avignon que nous avons commencé à en discuter (juste avant que nous autorisions les garçons à empoigner leurs DS et à se figer compulsivement sur leur écran de 5 »).

Les deux postulats étaient « il est blanc » (ou presque) et « il voyage beaucoup ».

Ceci mis en regard des lectures actuelles de notre ainé et l’idée était vite trouvée : Hedwige, la chouette de Harry Potter. Unanimité au premier tour.

Voici donc notre Rimor Super Brig 726 monté sur  Mercedes 316 CDI rebaptisé avec bonheur du nom de ce très sympathique animal de compagnie.

Et ça n’a rien à voir avec Hedwige, reine de Pologne (1372-1399) …